Il y a des découvertes qui naissent d’un hasard, ou plutôt… d’une observation attentive du hasard. Au milieu des années 80, une psychologue américaine, Francine Shapiro, remarque un phénomène curieux : alors qu’elle marche, ses yeux se déplacent de droite à gauche, et quelque chose, à l’intérieur d’elle, semble se transformer. Comme si un processus naturel de guérison venait de se réveiller. Ce moment donnera naissance à ce qu’on appellera plus tard l’EMDR — Eye Movement Desensitization and Reprocessing — une approche qui, depuis, a profondément changé notre manière d’aborder les traumatismes.
Cette méthode sera d’abord utilisée auprès d’anciens combattants du Vietnam, des personnes marquées dans leur chair et dans leur mémoire. Et les résultats, étonnamment rapides, vont confirmer ce que beaucoup pressentaient : le cerveau possède en lui des capacités d’auto-réparation, parfois simplement endormies. Plus tard, en France, c’est David Servan-Schreiber qui contribuera à faire connaître cette approche au grand public, en la reliant à une vision plus globale de la santé émotionnelle.
Quand une personne a vécu un traumatisme, quelque chose reste comme figé à l’intérieur. Il peut y avoir des angoisses, des flashs, des images qui reviennent malgré soi, des cauchemars, une vigilance constante… comme si le corps et l’esprit continuaient de revivre un événement que le temps n’a pas encore réussi à digérer. Parfois, ces personnes évitent certains lieux, certaines personnes, ou même certaines émotions. Elles peuvent se sentir coupées d’elles-mêmes, de leur sommeil, de leur calme intérieur. Et tu sais, bien souvent, ce n’est pas la volonté qui manque, c’est simplement que le système émotionnel n’a pas encore pu achever son travail naturel d’intégration.
En France, l’EMDR est aujourd’hui réservé aux professionnels de santé — psychiatres, psychologues, médecins, psychothérapeutes agréés — ayant reçu une formation spécifique. Cela permet d’encadrer la pratique, tout en garantissant un accompagnement sécurisant.
Mais autour de cette méthode, tout un mouvement est né : celui de praticiens issus de la relation d’aide, formés à des approches comme l’hypnose, la gestalt, l’analyse transactionnelle, ou encore le psychocorporel. Chacun cherche à sa manière à aider ceux qui portent encore la trace d’un choc émotionnel. Et parfois, certaines approches se rencontrent, se complètent, se renforcent.
C’est dans cet esprit qu’est né, en 2006, le RITMO® — Retraitement de l’Information Traumatique par les Mouvements Oculaires. Une méthode qui combine la profondeur de l’hypnose à la précision de l’EMDR. Une alliance entre deux mondes : celui de l’inconscient et celui du mouvement. L’un invite à ressentir, l’autre à libérer. Ensemble, ils permettent à l’esprit de refaire circuler l’information, de dissoudre les blocages, de rendre au passé sa place — derrière soi.
Et tu sais, quand l’esprit retrouve cette fluidité, il se remet à respirer. Les souvenirs cessent d’être des blessures, ils deviennent des expériences intégrées. Le corps, alors, peut relâcher. Le cœur peut s’ouvrir à nouveau. Et ce qui hier encore semblait une trace douloureuse, devient parfois… une force tranquille.
Le RITMO®, c’est une méthode étonnamment simple et pourtant profondément transformatrice. Elle s’appuie sur des stimulations bilatérales — visuelles, auditives ou corporelles, comme de légers tapotements sur les mains, sur les genoux… pendant que la personne laisse venir à son esprit l’événement qu’elle souhaite transformer. Et c’est là que quelque chose d’intéressant se produit : à mesure que le corps se met en mouvement, l’esprit, lui aussi, recommence à bouger.
Ce processus réactive des zones précises du cerveau, celles qui traitent les émotions, la mémoire, les perceptions sensorielles. C’est comme si le cerveau se remettait à faire son travail naturel de digestion émotionnelle. L’événement n’est pas effacé — il est simplement séparé de la charge émotionnelle qui l’accompagnait. Alors, la perception change. Ce qui hier semblait figé, douloureux, se transforme en un souvenir intégré, digéré, dépassé. Et souvent, sans que l’on sache vraiment comment, un apaisement s’installe, une respiration intérieure retrouve sa place.
Le RITMO® a d’abord été utilisé pour des événements précis : un accident, une agression, un deuil. Et les résultats, souvent rapides, ont montré à quel point notre cerveau est capable de se réorganiser. Puis, peu à peu, la méthode s’est ouverte à d’autres domaines : les blocages émotionnels, les comportements répétitifs, les peurs, les manques de confiance ou d’estime de soi… et même à la préparation mentale, pour les artistes, les sportifs, ou toute personne qui souhaite développer ses ressources intérieures.
C’est un outil de thérapie brève : parfois, une seule séance suffit, parfois quelques-unes. Mais toujours, il s’agit d’un travail respectueux du rythme de la personne, de ce que l’inconscient est prêt à transformer à ce moment-là. Et dans les cas plus complexes, lorsqu’il s’agit de traumatismes anciens, profonds, le RITMO® devient un véritable accompagnement thérapeutique, à mener avec un professionnel formé, capable d’offrir un cadre sécurisant pour que le processus se déploie en douceur.
Ce qui rend cette approche si puissante, c’est qu’elle s’appuie sur notre capacité naturelle d’auto-guérison. Le cerveau, grâce à sa plasticité, réorganise les connexions, apaise les circuits de la peur, et crée de nouveaux chemins de sens. Comme si, à l’intérieur, quelque chose retrouvait le droit de circuler librement.
Et tu sais, c’est fascinant : parfois, il suffit d’un mouvement des yeux, d’un son, d’un rythme régulier, pour que le passé perde son poids, et que l’avenir redevienne ouvert.
